Le clavier du modèle

le mécanisme. Aucun chiffre de ce projet dans cette page.

Un modèle ne lit pas du texte. Il lit des numéros de lignes dans une table. Ce qui fabrique ces numéros s'appelle le tokenizer — et c'est un fichier, pas un modèle.

1. Le trajet d'une phrase

« Le chat noir dort… » 1 · ta phrase telle que tu l'écris. Le ␣chat ␣noir ␣dort 2 · la règle de découpe coupe l'espace reste collée au mot qui suit — c'est le ␣. 2304 6236 55562 52434 3 · le clavier donne son numéro un numéro de ligne, rien d'autre. 2304 · 6236 · 55562 · 52434 4 · c'est tout ce que le modèle reçoit il ne verra jamais les lettres.
Les quatre numéros sont les vrais identifiants du clavier de Qwen2.5. Le texte disparaît à l'étape 3 : à partir de là, le modèle ne manipule plus que des numéros de lignes.

Un jeton n'est pas un mot

C'est un morceau de texte qui a sa propre touche sur le clavier. Souvent un mot entier quand il est fréquent, souvent un bout de mot quand il est rare, parfois une espace collée devant. La découpe ne cherche pas le sens : elle cherche ce qui revient souvent.

2. Deux pièces, jamais une seule

On dit « le tokenizer » comme si c'était un objet. Il y en a deux, et ils ne font pas le même métier.

la piècece qu'elle faitquand elle agit
la règle de découpedit où on a le droit de couper : les lettres ensemble, la ponctuation ensemble, les chiffres seuls…en premier, avant tout
le clavierla liste des touches, numérotées de 0 à la taille du vocabulaireensuite, sur chaque morceau

La règle de découpe est écrite à la main

Elle n'est pas apprise : c'est une expression régulière, décidée par celui qui a construit le modèle. Elle impose des choses que rien ne pourra corriger ensuite. Sur les modèles de la famille Qwen, par exemple, elle isole chaque chiffre séparément : un nombre ne peut jamais devenir une seule touche, quelle que soit la suite.

3. Comment on fabrique le clavier

La méthode s'appelle BPE : on part d'un clavier minuscule — un caractère par touche — et on fusionne. On compte toutes les paires voisines dans un grand corpus, on colle la plus fréquente, on lui donne une touche neuve, et on recommence. Des milliers de fois.

au départ : un caractère par touche c h a t c h a t c h i e n fusion 1 — « c »+« h » apparaît 3 fois ch a t ch a t ch i e n fusion 2 — « ch »+« a » apparaît 2 fois cha t cha t ch i e n fusion 3 — « cha »+« t » apparaît 2 fois chat chat ch i e n
Trois fusions sur un corpus de trois mots. Les touches nées d'une fusion sont en bleu. « chat », vu deux fois, finit sur une seule touche ; « chien », vu une fois, reste en morceaux.

Ce que la fusion privilégie

Ce qui est fréquent devient court. Ce qui est rare reste long. Le clavier n'est donc pas neutre : il est le portrait du corpus sur lequel on l'a fabriqué. Une langue peu présente dans ce corpus se retrouvera écrite en morceaux — et coûtera plus de jetons pour dire la même chose.

4. Le clavier est figé, et c'est un fichier

Il n'apprend rien pendant l'entraînement

On le fabrique une fois, avant. Ensuite le modèle passe des mois à apprendre des poids, et le clavier ne bouge pas d'un caractère. Le changer oblige à tout réentraîner : la table d'entrée et la table de sortie ont exactement autant de lignes que le clavier a de touches.

Et il vit dans un fichier séparé des poids. Ce projet l'a appris à ses dépens : un modèle maison sauvé sans son clavier est un modèle muet — les poids sont intacts, mais plus personne ne sait quelle touche va sur quelle ligne. Voir EXPERIENCES.md, run-034 et son correctif run-035. Un modèle, c'est trois choses : des poids, un clavier, et du code d'inférence.

5. Le seul vrai curseur

Gros clavier ou longues séquences — il faut choisir

Agrandir le clavier raccourcit les séquences : plus de touches, moins de morceaux pour écrire la même phrase. Mais chaque touche coûte une ligne dans deux tables, et sur un petit modèle ces tables finissent par peser plus lourd que le reste. Le rétrécir fait l'inverse : des tables minuscules, et des séquences beaucoup plus longues à traiter — or le coût de l'attention grandit avec le carré de la longueur.

Il n'y a pas de réglage gratuit ici. Il y a un curseur, et deux factures aux deux bouts.

Ce que ça donne en chiffres réels — combien coûte un caractère de français, d'anglais, de code ou de nombres, et quelle part des poids d'un modèle est occupée par son seul clavier — c'est mesuré dans la page suivante.